Solon

La grande murale avec la girafe à l’envers et son chapiteau de cirque donnant sur Beaubien, entre Chabot et de Bordeaux? C’est là. Un attroupement au milieu de la ruelle, la presse caméra et bloc-notes au poing, le maire d’arrondissement François Croteau toujours swaggé, et un grand soleil.

Nous sommes mercredi 20 avril, c’est (enfin) le printemps, et avec les crocus et les bedaines bourgeonnent les bonnes nouvelles : Rosemont-Petite Patrie, toujours partant pour les projets verts, humains et audacieux, apportera sa caution morale et financière au collectif Solon1 pour lancer leur étude de faisabilité à 100 000$. La course aux 90 000$ restants vient de commencer. Mais au vu des nombreux partenaires2 déjà séduits et à écouter Bertrand nous présenter leur bébé sur la place du village de leur ruelle, on ne s’inquiète pas pour eux, ça va se faire, probablement dans l’année.

Solon, c’est quatre voisins et amis professionnels du développement durable qui ont commencé à se sentir à l’étroit dans le concept de ruelle verte après l’avoir bien exploité avec des projections de films, des heures du conte en pyjama et des fêtes saisonnières. Restaurer un peu de verdure dans le paysage urbain et se réjouir de voir nos bambins jouer au hockey cosom, c’est bien beau, mais il faut aller plus loin, se permettre d’être ambitieux et viser la création de richesse collective.

Comment nos ruelles, vertes ou pas, peuvent-elles nous rendre plus riches? Par la géothermie, c’est une des pistes retenues par Solon.

En gros, il s’agit de forer des puits collectifs de 150 mètres de profondeur pour ramener avec des thermopompes la chaleur intrinsèque et constante de la terre (10° en tout temps) en surface, aux maisons adjacentes connectées à un réseau de tuyaux hydrauliques (facile pour celles déjà au gaz ou au mazout). géothermieLes bénéficiaires de cette installation géothermique, déjà éprouvée en Europe, verront leur facture de chauffage baisser des deux-tiers en hiver et bénéficieront de la climatisation l’été. Les « réseaux de chaleur » ainsi constitués permettront de conséquentes économies d’échelle qui les rendent bons candidats à une prise en charge par le secteur public, qui dans une optique keynésienne -et dans la mienne- formule ses objectifs de rentabilité sur le long terme.

La résilience de la géothermie est un avantage majeur au Canada, où les intempéries forcent régulièrement Hydroquébec, habituellement en surplus, à importer de l’énergie en cas de pic de la demande. Comme tout est enterré, l’installation résiste aux pires déchaînements des éléments. Les travaux, assez invasifs, seraient l’occasion de repenser complètement la géographie de la ruelle en allant plus loin dans son verdissement. Voilà les conclusions de l’étude de préfaisabilité rendue par Polytechnique, et elles sont emballantes!

L’étude de faisabilité d’une durée d’un an serait immédiatement suivie d’un projet-pilote dans une ruelle de Rosemont qui reste à identifier. La réplicabilité du projet, si elle est confirmée, pourrait transformer complètement la physionomie de nos quartiers mais aussi nos modes de production et de consommation de l’énergie, ainsi que notre rôle de citoyen puisque Solon désigne la communauté comme acteur-phare de l’amélioration de ses propres conditions de vie, en partenariat avec les pouvoirs publics. Le format de la coopérative serait tout indiqué pour saisir les idées en germination et leur mise en œuvre, puis en redistribuer les gains à ses membres. Solon chapeauterait l’ensemble.

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Ça, c’est le projet Celsius. Comme Solon aime les synergies, il a aussi développé en partenariat avec le CIRODD le projet mobilise ta ruelle, qui propose de faire le point sur les besoins et désirs de locomotion des habitants, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à présent, puis de mutualiser des moyens de transports classiques comme la voiture ou actifs comme le vélo (électrique ou pas, vélo cargo, trottibus). Le partage divise les coûts et les gaz à effets de serre, optimise l’utilisation des ressources et rapproche les gens. Solon a encore quelques projets similaires dans son chapeau, visant à exploiter intelligemment les ressources spatiales et humaines existantes pour répondre collectivement aux besoins singuliers. Si vos neurones frétillent dans la même direction, n’hésitez pas à les contacter.

Solon associe joliment l’innovation technologique, l’engagement citoyen, une nouvelle forme de gouvernance pour gérer et valoriser le bien public et les énergies renouvelables, le tout dans un cadre propre, vert, intelligemment exploité et créateur de lien social. C’est magnifique, et ça vaut la peine d’en parler.

crédit photo arrondissement RPP
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1Solon, c’est un acronyme (Shared-Open-Locally-Owned-Network), mais aussi le nom d’un homme politique grec père de la démocratie participative.

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